Maroc 2018

20 et 21 févr.-18

Redécouverte de Marrackech : 3ème fois, 15 et 8 ans plus tard. Rien n’a changé, ou presque. Peu de touristes en cette saison, c’est parfait pour nous.

Nous sommes logés dans un somptueux riad, niché au loin des quartiers touristiques, dans le Marrackech populaire, ce qui nous vaut, tous les 100 m d’être interpellés gentiment ou avec insistance sur le fait que nous nous déplaçons dans le mauvais sens : « la Place est de l’autre côté, m’sieur !  … ».

Nous nous sommes promenés dans les souks, devenus pour ainsi dire impraticables. Il parait que le niveau de vie a un peu augmenté avec Mohammed VI et que les gens en ont profité pour acheter des mobylettes chinoises, financièrement accessibles. Les souks, comme les chaussées, pour beaucoup dépourvus de trottoirs – qui, quand il existent, sont occupés par les vendeurs ambulants ou des marrakchis en pleine remplacement de carburateur – se partagent entre les carrioles à bras, les ânes et leur chargement, les piétons, les enfants, les mob’, les travaux, les déchets, tabletas. Et c’est la loi du plus fort et/ou du plus rapide. La priorité aux piétons n’existe que sur le papier (même sur les passages piétons) et pour les casques, comme dit Aziz (que nous vous présenterons plus tard) « c’est obligatoire, mais les têtes sont plus dures que les casques ». La police en distribue gratuitement par souci de prévention à la population … qui remercie, accroche le casque au rétro et repart !

La Place Jemma El Fnâ est égale à elle-même : animée, bruyante, emplie le soir de gargotes où dîner est une expérience. Décevante cette fois d’ailleurs. Impossible de choisir sereinement sa gargote, chacun étant très motivé à t’emmener t’asseoir à la sienne. Sentiment « vie de Kim Kardashian » comme dit Erinne !  Et puis, on n’a pas eu de chance, notre repas était très moyen et en quantité ridicule.

Le lendemain soir, on est donc retournés chez Chegrouni  où, là, pour le coup, RIEN n’a changé : ni les tables, ni la déco, ni la carte (et même sans doute pas le serveur). Au moins, y’a de la constance dans la Vie !

Une visite au Musée de la photographie nous a confirmé notre ressenti : le Marrakech d’aujourd’hui est très similaire à la ville photographiée en 1920. Ça s’est étendu, voilà tout. Impressionnant.

On ira profiter du jardin Majorelle et d’un hammam au retour de notre aventure dans le Désert. A suivre.

22 févr. 18

8h30, départ avec Aziz, notre chauffeur et guide pour 5 jours de treck en 4×4, rien que pour nous, au plus près des populations.

Route vers Ouarzazate, pauses à notre demande. Passage du col, température bien fraiche, et neige sur la route …

Repas de midi avec vue sur l’Atlas enneigé. Pieds dans la neige pendant les pauses : de la folie !

Et pour changer de la neige : la palmeraie, qui s’étend sur 200 kms, le long du trajet des caravanes.

Dans la voiture : discussions avec Aziz sur le Maroc, sa vie, ses enfants (4, de 16 à 3 ans), son quotidien, le quotidien au Maroc et, au fil des conversations, le Code de la Famille et les changements des mentalités depuis 15 ans. Rares sont les hommes polygames aujourd’hui et les femmes ont leur mot à dire, nous dit-il. Il faut se réjouir. Même s’il y a sans aucun doute encore du chemin à parcourir, comme nous le constaterons arrivés à Tamnougalt, village fortifié berbère.  

Arrivés le soir à l’auberge du village : chez Yacob. Pour ceux qui connaissent : concurrence certaine avec Carmen de Saint Jean du Maroni.

Notre guide (Aziz a passé la main en nous soufflant les tarifs des pourboires à verser) nous a fait visiter la Kasbah du Caid, profiter du coucher du soleil sur le village et surtout, chance incroyable, découvrir sa maison et donc son mode de vie …

En effet, le sentiment d’un village entièrement déserté nous avait envahi malgré la présence annoncé de 25 familles et donc 300 habitants. Notre guide nous a expliqué que personne ne vit « sur la place publique » (dixit) comme dans les maisons modernes, et que les femmes restent à l’intérieur, avec les enfants. Aucune raison de sortir !

Et pour illustrer, il a donc proposé de nous montrer son chez lui auquel on est arrivés après une succession de couloirs, escaliers, porte sous lesquelles on ne passe pas debout … le village est un labyrinthe de maisons qui sont littéralement encastrées les unes dans les autres. Et une fraicheur incroyable à l’intérieur.

Dans sa maison, deux escaliers … un pour les hommes, un pour les femmes. Le Code de la Famille a encore de beaux jours devant lui !!!!

On arrivait 10 jours « trop tard » mais on a profité des photos dans son iphone : 5 bons cms de neige dans le village berbère il y a peu. C’était la première fois depuis 1964. Notre guide n’avait jamais vu …

Petit bonus surréaliste : boule à facette sur sa terrasse en bambous … Juste hallucinant.

Diner d’un nouveau couscous chez Yacob mais comme dit Aziz (très sérieusement) : « le couscous le soir, c’est parfait parce que c’est léger pour bien dormir ensuite ».

23 févr.-18

On quitte l’auberge Chez Yacob et nous roulons, alternant piste et chaussée bitumée, tout en échangeant avec Aziz ou en écoutant le silence.

Malgré la température qui grimpe car nous descendons vers le Sud, Aziz ne se dépare pas de son polaire + manteau … car c’est l’hiver et qu’il faut faire attention nous dit-il. Nous, nous déambulons quand même en tshirt car arrivés à Zagora, Vallée du Draa, il fait 23°.

Les façades des maisons sont souvent peintes par obligation communale (c’est plus joli pour l’urbanisme) mais les côtés des maisons ne le sont pas puisque ça, ce n’est pas obligatoire et que ça coute cher. Nous émettons un doute sur le rendu artistique et suggérions volontiers aux Mairies de lever cette obligation, inutilement couteuse … mais bon, personne n’a sollicité notre avis. 

Sur le chemin, nous multiplions les pauses, découvrons les gués ou les marabouts.

A Zagora, on visite la kasbah des juifs et la coopérative de fabrique de bijoux.

A Tamegroute, un guide local nous mène dans les méandres labyrinthiques d’une nouvelle kasbah abritant 300 familles venues initialement du Mali. Une dame avec qui nous discutons nous invite à entrer chez elle pour voir comment elle vit … nous sommes servis : les brebis (odeurs garanties) occupent le rez de chaussée de cette maison troglodyte en terre battue du sol au plafond et elle dort « à l’étage ». La pauvreté est très prégnante, les gens sont heureux et accueillants. Seules les femmes refusent les photos, craignant ensuite de se retrouver sur les cartes postales, regardées des hommes.

Beaucoup de chance à nouveau et nous passons par là à l’heure de la cuisson du pain dans le four à bois creusé dans le sol. Deux femmes cuisent le pain de leur famille. Nous sommes les bienvenus pour admirer leur savoir-faire, et elles nous offrent du pain, ce qui est très émouvant. Je me brûle les doigts en le partageant et elles rient de moi ensemble … ça fait longtemps que le pain ne leur brûle plus les doigts, à elles.

Nous visitons une fabrication de poterie … là aussi, retour un siècle en arrière. Tout est fait à la main, à même le sol. La cuisson se fait dans des fours en terre, creusés eux aussi dans le sol et fermé par un mélange terre paille.

Zola plane dans nos esprits à tous.

En fin d’après-midi, nous rejoignons le camp à partir duquel nous partons en dromadaires rejoindre notre bivouac nomade pour la nuit. Une bonne bosse de rire, si j’ose dire. Si les enfants ont trouvé le voyage confortable, il n’en est pas de même quand le dromadaire porte aussi les paniers avec les bagages. On a néanmoins l’impression d’onduler à 1 km/h. C’est épique.

 Notre chamelier ne parle pas français et semble flâner en guidant les dromadaires. Comme je le constaterai le lendemain matin en décidant de marcher à ses côtés, il ne flâne pas du tout ! Il drope …

On se demande bien comment il trouve son chemin mais Virgile a la réponse : il doit compter ses pas !!!! Sûrement oui …

Nous ne serons que tous les 4 au milieu d’un désert mi dunes mi arbustes. Pas d’eau. Électricité artisanale. Diner sous la tente et adoption d’une gerbille du désert, qui aime le pain (et Erinne).

Un froid sibérien la nuit et un lit de camp digne de mes années scouts.

On ne peut pas dire qu’on a bien dormi, loin de là ! Mais sacrée expérience.

24 févr.-18

Retour au camp en dromadaire ou à pied selon les baroudeurs. Et départ de Mahmid vers le Désert version grandes dunes à perte de vue : désert de Chegaga.

2 heures de piste en 4×4 à partir de Mahmid. On a commencé par reg et erg (désert de pierres et désert de sable plat) ponctués de dromadaires en liberté, avec leurs propriétaires nomades pas loin. On s’est arrêtés à un puits où une nomade, pas farouche des photos, lavait son linge. Puis nous avons fini par débarquer, après un pique nique dans une oasis (brochettes de poulet faites sur place au feu de bois à partir du poulet embarqué par Aziz, et salade marocaine ! tu parles d’un pique-nique !), dans les dunes des photos de carte postale. Et voilà un très vieux rêve réalisé. Je suis aux anges, et en fait, tout le monde l’est.

Après s’être installés dans de nouvelles tentes nomades plus cosy (celles-ci sont en dure – traduire en torchis et avec une porte) et avoir bu le traditionnel thé d’accueil, top départ pour une balade (trek plutôt) dans les dunes rien que nous 4. Le tourisme est très limité (il y a une dizaine de tentes), ce n’est que du bonheur.

A l’heure où j’écris, en bas des dunes, nous guettons le coucher du soleil.

25 févr.-18

Réveil à l’aube pour profiter du lever du soleil sur les dunes avec, à jeun donc, une grande balade dans celles-ci. Courbatures dans les mollets ! Mais des courbatures comme ça, on en veut tous les jours.

On quitte ensuite ce Paradis à regret. On aurait bien voulu, tous les 4, y dormir une nuit de plus d’autant qu’Aziz nous dit que, partant de ce bivouac, on aurait pu aller se promener en dromadaires. Ce sera pour la prochaine fois, on ne peut pas changer à ce point le programme d’Aziz.

4h de piste pour rejoindre ensuite la ville la plus proche : Foum Zguid. On n’imaginait pas rencontrer autant de diversités de paysages désertiques, c’est fabuleux de beautés différentes. Le  lac (asséché) d’Iriqui est aussi, avec mirage au loin, une splendeur absolue.

Notre voyage nous plait énormément.

La journée se déroule dans une succession de paysages mirifiques et nous arrivons le soir à Ouarzazate, où vit Aziz. Notre logement se veut bien plus cosy que nos bivouacs et si on y trouve, contre toute attente, un wifi du feu de Dieu, on y mange sans intérêt et la douche tant espérée après deux nuits est au goutte à goutte. Finalement, on était mieux sous nos tentes !

Aziz nous invite à boire le thé chez lui, et sa femme nous ouvre grand les bras. Cette générosité nous émeut.

Elle prévoit un grand couscous demain avec ses voisines, et je suis invitée à apprendre à le préparer.

26 févr.-18

Nous passons la matinée en famille, ce qui, évidemment, n’était absolument pas prévu et, ça, c’est juste le pied ! Fatima est installée à même le sol, avec la sœur d’Aziz. Le thé est servi, évidemment ! Comme le grand couscous s’est compliqué faute de matériel en état de fonctionnement, Fatima a pris soin d’en commencer un petit, familial, pour pouvoir me montrer. Me voilà donc, assise dans la cuisine, à prendre un cours de couscous. (J’aurai aussi l’occasion d’entamer ensuite le grand). Je suis littéralement aux anges. Non seulement parce que cuisiner est important pour moi, mais aussi parce que ce moment de partage de vie de famille est d’une telle générosité spontanée que je suis vraiment touchée.

Je teste dès qu’on rentre.

Une fois le couscous prêt, nous voici attablés, tous ensemble, avec autant de cuillères à soupe dans le plat que de convives, autour de la table du salon sur les grands canapés. 10h du mat’ … et couscous !

C’est le meilleur qu’on ait mangé, comme vous vous en doutez.

Ça n’a comme de juste pas empêché Aziz de nous arrêter le midi à Telouet pour manger sur la route, le tout cumulé au petit déj’ de l’hôtel … Ça a beau être léger, le couscous, les estomacs sont pleins.

A Telouet se trouve la plus belle Kasbah du Maroc, celle du Glaoui, Pacha du Sud Marocain sous le protectorat français. De fait, un très bel endroit, même si notre guide était à mourir d’ennui.

Avec encore quelques kilomètres de piste privilégiées aux grandes routes, nous admirons les montagnes (et le retour de la neige, qui tombe !) jusqu’à Marrakech, où nous devons quitter Aziz, à qui nous nous sommes vite attachés.

Comme des gosses, nous échangeons nos adresses. Nous avons promis à Aziz de lui envoyer des photos format papier parce que internet, ce n’est pas pour les chibanis …

27 févr. 18

Retour à Marrakech. Programme flânerie et jardin Majorelle.